Le plus somptueux des trônes tunisiens, témoignage du faste des Beys

Le palais de Ksar Saïd, situé tout près du musée national du Bardo, possède une remarquable collection de trônes sur lesquels s’assirent les souverains de la dynastie tunisienne des Husseinites (1705-1957). Ces sièges de pouvoir sont issus aussi bien du palais du Bardo, que d’autres résidences, car à l’avènement du règne d’un nouveau Bey, celui-ci ne résidait pas dans le palais de son prédécesseur par respect pour ses veuves et pour ses enfants. Cette coutume était renforcée par le fait que la succession héréditaire, au sein de la monarchie husseinite, ne se faisait pas de père en fils par primogéniture mâle, mais plutôt par ordre d’âge entre les princes légitimes mâles (princes du sang), descendants en ligne directe du fondateur de la dynastie, Hussein Ier Bey (1705-1735). Ainsi, lors de l’accession au trône d’un nouveau souverain, c’est le prince du sang le plus âgé de la maison husseinite qui est investi prince hériter, peu importe qu’il soit le fils, le frère ou le cousin du monarque.

Les sièges beylicaux les plus impressionnants de la collection de Ksar Saïd sont les deux grands trônes du palais du Bardo qui se trouvaient, jadis, dans Bit al-Mahkama (la salle de justice) et dans la vaste salle d’apparat Bit al-Bacha. Cette dernière, ayant préservé sa décoration d’origine et utilisée de nos jours comme l’une des salles de réunion du parlement tunisien, est la plus ancienne des salles du trône du Bardo, car elle date essentiellement de la première moitié du XVIIIe siècle. Pourvue d’amples dimensions, son ornementation composite associe un revêtement mural en marqueterie de marbres de couleur, des colonnes à chapiteaux néo-corinthiens et des arcs outrepassés à claveaux bichromes. Si le trône de la salle de justice est imposant, celui de Bit al-Bacha est sans conteste le plus grandiose et le plus fastueux des trônes husseinites. Réalisé au milieu du XIXe siècle, ce dernier traduit avec éloquence l’objectif des Beys de s’affranchir totalement de la suzeraineté de l’empire ottoman. Cette volonté indépendantiste a culminé avec la promulgation de la première constitution tunisienne, celle de 1861 (qui est également la première du monde arabe), qui a consacré le rôle du monarque husseinite, notamment dans son chapitre II ” Des droits et des devoirs du chef de l’État “.

Le somptueux trône de Bit al-Bacha, doté de grandes dimensions, se caractérise tant par son allure baroque, que par la richesse de ses ornements. Réalisé en bois sculpté et doré, il se compose d’un siège surélevé, garni de velours rouge ; son dossier est orné de croissants entourant des étoiles à cinq branches. De part et d’autre du siège, huit pinacles, quatre de chaque côté, terminés par des croissants, encadrent six panneaux sculptés des armoiries beylicales. Au-dessus du siège, un dais, au contour chantourné, s’achève par un couronnement arborant l’emblème de la monarchie husseinite.

Photochrome, daté de 1899, montrant Bit al-Bacha au palais du Bardo. Le trône occupe le fond de la sallePhotochrome, daté de 1899, montrant Bit al-Bacha au palais du Bardo. Le trône occupe le fond de la salle

Il est important de restaurer, d’aménager muséologiquement le palais de Ksar Saïd et d’ouvrir ses collections au grand public. Les trésors beylicaux méritent largement de sortir de l’ombre !

M. Khaled Hizem


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