Palais Zarrouk à La Manouba : une résidence de haut dignitaire dans la Tunisie beylicale du XIXe siècle

Si l’architecture domestique de la médina de Tunis est restée, jusqu’au XXe siècle, fidèle l’architecture arabo-musulmane avec ses spécificités locales, les environs de la capitale tunisienne, où résidaient plus volontiers les monarques de la dynastie des Husseinites (1705-1957), connurent au cours de la seconde moitié du XIXe siècle une architecture palatiale marquée par les influences italianisantes. Cette dernière n’était pas uniquement réservée aux souverains et aux princes de la famille régnante. Ainsi, prenant exemple sur ceux-ci, les ministres et les hauts dignitaires de la cour beylicale ont élevé de somptueuses résidences selon le goût italianisant. Cependant, celles-ci comportaient toujours des éléments propres à l’architecture et à l’ornementation tunisiennes, ce qui ne manquait pas de leur conférer une originalité certaine.

Les décennies précédant l’instauration du protectorat français en Tunisie (en 1881), notamment entre 1840 et 1880, virent l’édification de nombreux palais appartenant aux élites qui cherchaient, à travers ces luxueuses habitations au goût du jour, à afficher aussi bien leurs richesses qu’un nouvel art de vivre. Souvent implantées au sein de vastes jardins et de spacieux domaines irrigués (en jargon tunisien “Sania”), ces demeures furent élevées dans les lieux qu’affectionnait le régime beylical, à l’instar du Bardo, de La Manouba, de La Marsa et de Carthage. L’un des beaux exemples de ces demeures de hauts dignitaires est représenté par le palais d’Ali Zarrouk à La Manouba, située à six kilomètres du centre-ville de Tunis.

Le monument fut construit, au milieu des années 1860, par le général Rostom qui le légua à son beau-fils Ali Zarrouk, descendant d’une famille de hauts fonctionnaires et de grands propriétaires terriens. Ce dernier, possédant une immense fortune et plusieurs résidences tant à Tunis que dans sa région, apporta de multiples embellissements à son domaine et à son palais de La Manouba. Celui-ci illustre parfaitement l’engouement pour l’architecture européenne en vogue à cette époque. La façade principale de l’édifice, entièrement d’inspiration italienne, présente deux niveaux scandés par des fenêtres rectangulaires surmontées de frontons baroques. Ceux-ci, qui sont soit de type triangulaire brisé soit de type cintré brisé, comportent un ornement en forme de coquille. Au-dessus des trois baies centrales du premier étage, entre lesquelles s’intercalent des pilastres à bossages, se trouve une frise rythmée de triglyphes qui séparent des métopes ornées de rosaces et d’étoiles à cinq branches.

Fronton baroque en cintre brisé, orné d'une coquille à volutes, surmontant une baie de la façade principaleFronton baroque en cintre brisé, orné d’une coquille à volutes, surmontant une baie de la façade principale

L’entrée, ouverte par un arc en plein cintre et encadrée de colonnes à chapiteaux doriques, mène à l’intérieur du palais qui se caractérise par l’ample usage du marbre banc de Carrare, des céramiques italiennes et des décors en stuc. Si le rez-de-chaussée est essentiellement réservé aux cuisines et à la domesticité, un escalier de marbre blanc mène aux salles de réception de l’étage noble. Au décor italianisant prédominant se mêlent des ornements en plâtre sculpté de style arabo-andalous, souvent employés dans les intérieurs palatiaux en Tunisie.

Grand salon en forme de patio couvert au premier étage du palaisGrand salon en forme de patio couvert au premier étage du palais

Décor en stuc, de style italianisant, appartenant au plafond du grand salonDécor en stuc, de style italianisant, appartenant au plafond du grand salon

De nos jours, le palais d’Ali Zarrouk est le siège d’une collectivité territoriale : le gouvernorat de La Manouba.

M. Khaled Hizem


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