Ouest France : La France, Ces Tunisiens en sont revenus…

Plus d’un million de migrants sont arrivés en Europe en 2015, fuyant la guerre, la misère. Tous n’ont pas trouvé l’Eldorado promis. C’est le cas de Mohamed et Sadok, deux trentenaires tunisiens. Ils ont connu la galère à Paris et décidé de revenir au pays. L’Office français de l’immigration et de l’intégration les aide à repartir du bon pied.

« Ici, à Zarzis, c’est le paradis »
L’envie de rire de Mohamed Msabegh est contagieuse. Bien visible. Dans le sourire dont il a du mal à se départir et dans ses yeux brillants. Le jeune homme s’affaire dans sa supérette de Zarzis, ville côtière du sud tunisien.

Rien d’extraordinaire dans sa boutique silencieuse où sont entreposés des produits d’alimentation de base. Pourtant, Mohamed, 31 ans, assure dans un français cassé : « Ici, à Zarzis, c’est le paradis. On a le soleil, la mer… et même des touristes. Pourquoi retourner à Paris? C’est vrai que c’est une belle ville, elle est même très belle, mais l’Europe c’est dur. »

Mohamed en sait quelque chose. Une année passée sans papiers en France à « galérer » et à dormir « n’importe où » l’a convaincu de rentrer en Tunisie. « Ce n’est pas un trésor cette épicerie, mais c’est à moi », sourit le jeune homme, silhouette d’adolescent, à côté de son père au corps chétif.

Mohamed fait partie des 400 Tunisiens soutenus depuis 2012 par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) pour monter un projet professionnel. Un programme destiné aux étrangers en situation irrégulière en France. Pour les aider à se réinstaller chez eux.

Leurs profils sont souvent identiques : des hommes jeunes qui ont rêvé d’Europe avant de déchanter. Sadok Bouguedima, 30 ans, a lui aussi bénéficié d’une aide à la réinstallation de l’OFII. En France où il a passé presque un an, il a perdu beaucoup : du temps, de l’argent, de l’estime de soi et surtout un frère. Installé en France depuis plusieurs années, il lui a tourné le dos à son arrivée. « Il a coupé son portable et il m’a ignoré », raconte Sadok.

Aujourd’hui, le trentenaire au visage cassé est devenu berger. Il a monté un élevage ovin : trente moutons achetés grâce aux 13 000 dinars (environ 6 000 €) de l’OFII. Il a construit une bergerie sur un terrain qui lui appartenait déjà. Son statut de petit propriétaire ne l’avait pas dissuadé, à l’époque, de « tenter » l’Europe.

« Une deuxième chance »Car les difficultés économiques ne sont pas les seules raisons qui poussent à partir de Zarzis. Dans la région, c’est presque un passage obligé, dans chaque famille. Une sorte de rite initiatique, un dernier voyage, avant d’entrer dans l’âge adulte. « Ici, on a le virus de l’Europe, explique Sadok. Et puis les gens qui en reviennent nous mentent, ils nous disent que là-bas c’est le paradis, que la France est le pays des droits de l’homme et de la liberté. Moi j’y ai trouvé la misère. »

En France où il a passé onze mois, il a travaillé « entre douze et quinze jours ». Aujourd’hui, il se reconstruit une vie, sur un plateau de Zarzis, bien loin de Paris. Rien d’évident pourtant car un an après sa mise en place, le projet n’est pas encore rentable. Il lui faudra entre trois et cinq ans pour savoir si son projet est vraiment pérenne. Dans quelques semaines, Sadok va devoir se débrouiller seul. L’OFII n’accompagne que pendant un an les porteurs de projet.

« Je dois trouver des petits boulots complémentaires pour acheter de la nourriture pour les bêtes », poursuit Sadok. Financièrement, le projet n’est pas encore viable, mais il a permis à Sadok de pouvoir se projeter dans l’avenir. C’est ce qui réjouit Fayçal Dchicha, opérateur pour l’OFII, basé à Zarzis.

« L’intérêt de ce programme, c’est de donner une deuxième chance aux jeunes qui ont raté leur vie en Tunisie et qui ont tenté de la réussir en France. Mais qui, confrontés à des situations chaotiques, ont décidé de rentrer chez eux de façon volontaire, souligne-t-il. Au départ, on ne savait pas que les jeunes s’impliqueraient autant. Presque tous les projets qu’on suit fonctionnent. »

Fayçal, également militant associatif, poursuit : « On essaye de faire comprendre aux jeunes que l’Europe, ce n’est pas un Eldorado et que leurs meilleures chances de réussir sont ici. » Le programme d’aide à la réinstallation semble donc être un pari gagnant pour les bénéficiaires du projet mais aussi pour les États, tunisien comme français.

Notamment quand on sait que les projets financés par l’OFII plafonnent à 7 000 €. Et que les expulsions d’étrangers en situation irrégulière en France peuvent coûter plus de 20 000 € (centre de rétention, frais de restauration, procédures administratives, frais d’éloignement, etc.).

Quant aux citoyens tunisiens, ils sont de retour chez eux la tête haute. L’aide à la réinstallation, qui concerne quelques centaines de personnes, reste une goutte d’eau dans la mer que des milliers continuent de braver dans l’espoir d’une vie meilleure.

Source : Ouest-France


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