Les salles emblématiques du pouvoir beylical au palais du Bardo…

Par  Mohamed Khaled Hizem

Située à quelques kilomètres à peine du centre-ville de Tunis, l’Assemblée des représentants du peuple est logée, en grande partie, dans l’aile cérémonielle du palais du Bardo. Celle-ci, qui n’a cessé de s’agrandir aux XVIIIe et XIXe siècles, abrite plusieurs pièces qui étaient, autrefois, les espaces d’exercice du pouvoir beylical. Se caractérisant par des spécificités ornementales qui lui sont propres, chacune d’elles incarne le faste de la monarchie des Husseinites (1705-1957). Ayant une grande importance sur le plan patrimonial, ces salles historiques, largement méconnues, méritent d’être découvertes tant par les citoyens tunisiens, que par les touristes étrangers.

Le palais du Bardo, une résidence au passé prestigieux

Avant d’accueillir le parlement et le plus important musée du pays, logés dans un même ensemble palatial, le palais du Bardo fut à l’origine l’une des résidences de plaisance des souverains hafsides qui régnèrent sur l’actuelle Tunisie, l’Est algérien et la Tripolitaine, avec pour capitale Tunis, de 1228 jusqu’en 1574. Les monarques de cette dynastie indépendante disposaient, en plus de leur résidence principale dans la Kasbah de Tunis, de plusieurs résidences secondaires dans les environs de cette dernière, notamment à l’Ariana, à La Marsa et également au Bardo. Le Bardo hafside, datant du XVe siècle, était constitué, d’après les récits des chroniqueurs de l’époque, par un ensemble de pavillons au milieu de jardins agrémentés de bassins et de pièces d’eau. Sur le site d’un palais hafside antérieur, celui d’Abu Fihr à l’Ariana (situé à quelques kilomètres du centre ville de Tunis), construit aux XIIIe-XIVe siècles, des fouilles archéologiques ont mis à jour, dans les années 1990 et 2000, les restes d’un gigantesque bassin rectangulaire, ainsi que plusieurs fontaines. Concernant l’aspect extérieur du Bardo hafside, il se rapprochait probablement de l’aspect du palais Abdelia à La Marsa, édifié au tout début du XVIe siècle. Avec la conquête ottomane en 1574, la Tunisie devint une province du vaste empire ottoman, mais très vite elle acquit le statut de Régence : province dotée d’une large autonomie vis-à-vis de la Sublime Porte (le gouvernement du sultan).

Ayant des traditions étatiques et dynastiques bien ancrées, la Tunisie va connaitre l’instauration de deux dynasties quasi-indépendantes. Celle des Mouradites d’abord (1613-1702), puis celle des Beys husseinites dont le dernier monarque fut Lamine Bey (1943-1957). Bien que les premiers s’attachent beaucoup à leur séjour au Bardo,  c’est néanmoins à l’époque des monarques husseinites que celui-ci va connaître des modifications considérables avec l’apport des influences européennes à l’architecture et à la décoration tunisiennes. Pendant le règne de cette dynastie, le palais du Bardo comprend deux parties essentielles : le «Harem», cadre de la vie privée du souverain transformé en musée dès 1888, et le «Slamlik», partie officielle ou aile cérémonielle comprenant des salles du trône, ainsi que des salles d’audience et de justice, devenu le parlement tunisien après l’indépendance. Dès le XVIIIe siècle les premières influences européennes, s’associant à l’architecture et à la décoration locales, firent leur apparition dans la salle de justice d’Ali Bey II (1759-1782), réalisée dans les années 1760. Il en est de même de  la première salle du trône (Bit El-Bacha), construite et décorée dans les années 1760-1770, sous le règne du même souverain. Les influences décoratives occidentales vont s’accentuer au XIXe siècle, liées notamment au développement des relations commerciales et diplomatiques entre Tunisie et divers pays européens, en particulier la France et les royaumes de la péninsule italienne. A cette époque, les emprunts ornementaux de l’Occident se mélangèrent de plus en plus avec les traditions artistiques locales. C’est ainsi qu’eut lieu à la mise en place d’un style éclectique, que certains spécialistes de l’architecture palatiale tunisienne qualifièrent d’husseinite. Au palais du Bardo, plusieurs ensembles décoratifs témoignent, jusqu’à nos jours, de ce style singulier. Dans les années 1820, l’aile cérémoniale va connaître, sous le règne de Mahmoud Bey (1814-1824), l’édification d’une autre salle du trône en plus de “Bit el Bacha”. Ahmed Bey (1837-1855) acheva l’extension de l’aile officielle, en lui apportant un agrandissement notable consistant, entre autres, dans l’ajout, au cours de la seconde moitié des années 1830, d’une grande salle du trône dont la superficie dépasse de loin les salles du trône antérieures. Par la suite Mohamed Bey (1855-1859) et Sadok Bey (1859-1882) portèrent leur attention à l’embellissement du Harem, l’aile privée du complexe palatial. Après l’établissement du protectorat français, en 1881,  le palais du Bardo  perdit son statut de résidence au profit d’autres palais dans la banlieue bord de Tunis. Cependant, les monarques husseinites continuèrent d’utiliser les somptueuses salles d’apparat de l’aile cérémonielle lors des fêtes religieuses et des cérémonies protocolaires.

palais_du_bardo_0Vue partielle du grand patio de l’aile cérémonielle du palais du Bardo. Pourvu d’amples proportions, il est rythmé de trente arcs outrepassés à claveaux noir et blanc. Ces arcs sont soutenus par trente-huit colonnes en marbre blanc. (crédit photo : Salah Jabeur)

Les salles du pouvoir beylical datant du XVIIIe siècle 

Il est important, de prime abord, de donner un aperçu sur l’architecture extérieure de l’aile officielle du palais du Bardo. Celle-ci présente un portique surélevé, rythmé de onze arcs en plein cintre dont la plupart sont légèrement outrepassés. Ces derniers reposent sur des colonnes en marbre blanc, coiffées de chapiteaux à volutes. L’élément principal de cette façade est assurément l’escalier des lions qui mène à l’arcade centrale. Celui-ci est pourvu d’une rampe agrémentée de huit sculptures de lions, quatre de chaque côté, représentés dans diverses positions. Les  plus anciennes salles du pouvoir, situées dans cette aile cérémonielle, sont la salle de justice (Mahkama) et Bit El-Bacha. La première était l’endroit où le Bey, assisté de magistrats, rendait la justice à ses sujets. Remontant, dans son aspect actuel, aux années 1760, sous le règne du monarque husseinite Ali Bey II, la salle rectangulaire, de plan basilical, possède un dallage en damier constitué de carreaux de marbres noir et blanc. Elle est divisée en trois nefs par deux rangées de colonnes en marbre blanc de Carrare, qui sont coiffées de chapiteaux néo-composites ornés de croissants. Ceux-ci supportent, par l’intermédiaire d’abaques, des arcs en plein cintre moulurés dont l’intrados est compartimenté. Les murs sont exclusivement décorés d’une marqueterie de marbres divers : panneaux de marbres polychromes à incrustations de rinceaux et de volutes dans la partie inférieure, et panneaux de marbres clairs, séparés par des pilastres à chapiteaux néo-doriques, dans la partie inférieure. Ces derniers, ainsi que les panneaux inférieurs et les chapiteaux des colonnes, traduisent l’intervention d’artistes italiens à côté d’artistes tunisiens dans la décoration de la salle de justice. Au-dessus du revêtement de marbres, une frise à inscriptions coraniques fait le tour de la salle. Au fond de celle-ci, se trouvait le somptueux trône en bois doré orné des armoiries beylicales. La salle de justice conserve, de nos jours, la majeure partie de ses décors d’origine, hormis le plafond peint qui fut modifié durant la seconde moitié du XXe siècle. Les ornements d’origine, composés de moulures et des armoiries beylicales, furent remplacés par des motifs arabo-andalous.

palais_du_bardo_1Vue partielle de la nef centrale de la salle de justice (Mahkama) d’Ali Bey II (1759-1782). Cette salle, dont les murs sont tapissés de marbres divers, est bordée, de chaque côté, par une rangée de colonnes en marbre blanc de Carrare, qui sont coiffées de chapiteaux néo-composites. (crédit photo : Salah Jabeur)

La première des salles du trône du Bardo, Bit El-Bacha, est précédée par la plus vaste cour intérieure de l’aile cérémonielle du palais. Cet immense patio, dallé de marbre blanc, est scandé de trente arcs outrepassés à claveaux noir et blanc. Ceux-ci, dont les écoinçons sont ornés d’étoiles à huit pointes, reposent sur trente-huit colonnes en marbre blanc, dotées de chapiteaux à volutes. Donnant sur le portique oriental de cette cour intérieure, Bit El-Bacha, de plan cruciforme, est une grande salle aux proportions imposantes. Possédant des voûtes élevées, dénuées de décors, elle étale sur ses murs aussi bien une marqueterie de marbres polychromes, d’inspiration italianisante, que des panneaux de céramiques, de fabrication tunisoise, dont l’ornementation foisonnante inclut des vases, des rinceaux, ainsi que des motifs floraux.

Outre le revêtement mural, cette pièce se caractérise par la présence d’arcs outrepassés brisés de grande ampleur. Ces derniers, à claveaux bichromes, reposent sur des colonnes dont les fûts sont soit en marbre blanc, soit en marbre noir.  Entre la seconde moitié du XVIIIe siècle et les deux premières décennies du XIXe siècle, Bit El-Bacha fut la principale salle d’apparat du palais du Bardo, servant de cadre aux cérémonies officielles, ainsi qu’aux audiences accordées par le Bey à ses sujets et aux consuls étrangers. Autrefois, un trône grandiose en bois doré, d’allure baroque, garni d’innombrables motifs sculptés, ainsi que des armoiries husseinites, occupait le fond de la salle. Ce trône, parvenu presque intact, fut réalisé sous le règne de Sadok Bey ; il est sans conteste le plus somptueux des trônes beylicaux. Malgré le changement d’affectation, Bit El-Bacha, étant actuellement l’une des salles du parlement, conserve néanmoins ses décors d’origine. Mis à part le mobilier, elle garde l’aspect montré par les photographies anciennes datées de la fin du XIXe siècle et des premières décennies du XXe siècle.

palais_du_bardo_2Photochrome, daté de 1899, montrant une vue partielle de Bit El-Bacha, la première salle du trône du palais du Bardo. Réalisée durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, elle abritait jadis un somptueux trône, qui est le plus fastueux de tous les trônes husseinites.

Bit El-Bellar, la salle du trône la plus somptueuse du palais du Bardo

Voulue par Mahmoud Bey, cette salle rectangulaire se distingue par une somptuosité et un raffinement extrêmes. Elle est précédée par la seconde plus importante cour intérieure de l’aile cérémonielle du palais du Bardo.  Cette cour, moins vaste que le premier patio, fut construite à la même époque que Bit El-Bellar. Cet élégant patio, encadré de portiques, possède trente colonnes graciles en marbre blanc de Carrare. Ces dernières ont des fûts cannelés, des bases prismatiques et des chapiteaux composites. Contrairement à la plupart des patios tunisiens, où les colonnes supportent habituellement des arcs, celui-ci en est dépourvu et les colonnes supportent un entablement en bois. À l’instar des colonnes, le dallage, ainsi que les encadrements des portes et des fenêtres, sont également en marbre blanc de Carrare. Quant au revêtement mural, il est constitué de céramiques à motifs géométriques. Au milieu de cette cour trône une fontaine, à trois vasques de tailles décroissantes, réalisée en marbre blanc.

Au fond de ce bel espace, s’ouvre Bit El-Bellar, signifiant littéralement salle des glaces (ou salle des miroirs). Cette dénomination trouve son origine dans la décoration singulière de cette pièce à l’ornementation particulièrement riche. La salle à proprement parler est précédée d’un petit portique intérieur présentant trois arcs en accolade, revêtus de feuilles d’or,  qui reposent sur quatre colonnettes en marbre rouge veiné de blanc, coiffées de chapiteaux néo-doriques ornés de croissants.

Depuis le seuil de l’arcade médiane, la salle apparaît dans toute sa splendeur. Si les murs sont tapissés de lambris de marbres polychromes, leurs parties supérieures étant agrémentées de panneaux garnis de vases et de rinceaux, c’est le superbe plafond qui constitue incontestablement la plus belle parure de Bit El-Bellar. Celui-ci, qui s’élève au-dessus d’une haute frise ajourée, ornée de stalactites et rythmée d’arcs à lambrequins, a la forme d’une voûte en bois sculpté et ajouré. Cette dernière, entièrement couverte de feuilles d’or, de même que la frise sous-jacente, est ciselée d’étoiles et de rosaces géométriques d’inspiration hispano-mauresque. L’originalité de ce plafond, véritable dentelle en bois à laquelle est suspendu un remarquable lustre de Venise, réside dans le fait qu’il est totalement enveloppé de miroirs, ce qui amplifie l’éclat des dorures. Souvent utilisée, au cours du XIXe siècle, comme une « petite salle du trône » ou comme une salle d’audience, la pièce était pourvue, jadis, d’un siège d’apparat en bois doré, au dossier chantourné, qui occupait le fond de la pièce.

Depuis plusieurs années, ce trône beylical est conservé au palais de Ksar Saïd, situé non loin du parlement. Bien qu’elle  abrite, depuis la seconde moitié du XXe siècle et jusqu’à nos jours, le bureau du président de l’Assemblée des représentants du peuple, Bit El-Bellar est encore dotée de la quasi-totalité de ses décors, ainsi que de son lustre d’origine. Soulignant aussi bien la grande richesse ornementale de cette salle, que les qualités humaines de Mahmoud Bey, l’historien et ministre beylical, Ahmed Ibn Abi Dhiaf (décédé en 1874), rapporta, dans son ouvrage « Chroniques des rois de Tunis et du Pacte fondamental », cette petite anecdote : lors de l’achèvement de Bit El-Bellar, le monarque, ayant surpris l’intendant des travaux en train de fouiller les vêtements d’un ouvrier, sous prétexte que celui-ci risquait d’emporter quelques feuilles d’or, le Bey interdit à l’intendant de continuer à faire subir pareille humiliation à l’ouvrier en lui disant « il lui revient de voler, et il est de ton devoir de surveiller ».

palais_du_bardo_3Vue d’ensemble de Bit El-Bellar, la plus somptueuse des salles du trône beylicales. Élevée sous Mahmoud Bey (1814-1824), sa décoration, particulièrement riche, associe un remarquable revêtement mural en marbres polychromes et un splendide plafond en bois sculpté, ajouré et doré, qui est totalement enveloppé de miroirs. (crédit photo : Salah Jabeur)

La salle du trône d’Ahmed Bey, un cadre imposant aux fastes de la dynastie husseinite

Bien qu’Ahmed Bey, souverain modernisateur, resta dans l’histoire comme l’instigateur de projets démesurés, aux coûts disproportionnés, à l’image de la Mohammedia, son éphémère Versailles tunisien, il n’a pas pour autant négligé le palais du Bardo avant de s’établir définitivement dans cette dernière. Peu de temps après son accession au trône, survenue le 10 octobre 1837, il fit agrandir l’aile cérémonielle de la résidence beylicale, notamment en lui ajoutant une nouvelle salle du trône achevée en 1838. Après l’abolition de la monarchie husseinite, le 25 juillet 1957, la pièce accueillit durant des décennies les députés de la République. Malheureusement, elle fut profondément dénaturée et dépossédée de ses décors d’origine. Ainsi, son aspect actuel est très différent de celui qu’elle offrait au XIXe siècle et pendant la première moitié du XXe siècle. Ce lieu de pouvoir surélevé, accessible par un large escalier en marbre blanc, impressionnait par l’ampleur de ses proportions.

Tandis que Bit El-Bellar se distingue tant par la finesse que par la richesse de ses ornements, la salle du trône d’Ahmed Bey se démarquait jadis aussi bien par ses grandes dimensions, ayant une longueur dépassant les trente mètres, que par la modernité de ses ornements. Dotée d’un décor purement occidental, d’inspiration italienne, contrairement à la plupart des salles d’apparat du palais du Bardo où le mélange des styles et des influences artistiques domine, le monarque la fit construire pour rivaliser avec les salles du trône des palais royaux en Europe. Sur ses murs, revêtus de damas, étaient accrochés de nombreux tableaux représentant les souverains de la dynastie des Husseinites, ainsi que des monarques européens contemporains d’Ahmed Bey, de Mohamed Bey et de Sadok Bey. Au plafond peint, garni de grands médaillons circulaires, étaient suspendus de majestueux lustres importés de Venise. Quant au mobilier, d’inspiration Louis XV, il comportait des fauteuils, des chaises et des consoles entièrement en bois doré. Au fond de la salle, dressé sur une estrade à quatre marches, se trouvait le trône en bois doré, surmonté d’un somptueux dais en brocart, orné des armoiries beylicales.

Depuis son édification jusqu’à l’abolition de la monarchie des Beys husseinites, cette salle connut certains des évènements marquants de l’histoire tunisienne aux XIXe et XXe siècles. On peut citer la proclamation du Pacte fondamental le 10 septembre 1857, sous le règne de Mohamed Bey, et l’ouverture solennelle des travaux de la première constituante tunisienne, en présence de Lamine Bey, le 8 avril 1956. Outre ces dates importantes, ce lieu était le cadre idéal pour  le déroulement du cérémonial de la cour beylicale. Ainsi, c’est dans cette vaste pièce, que lors des cérémonies officielles et des fêtes religieuses, le souverain recevait l’hommage de ses sujets et des consuls des pays étrangers.  Bien que la grande salle du trône fût défigurée par des modifications considérables, ayant grandement altéré son aspect d’origine, une restauration à l’identique demeure possible. D’une part les décors peuvent être restitués grâce à la présence d’une abondante documentation photographique, d’autre part l’ensemble des tableaux et une partie non négligeable du mobilier, notamment le trône, existe toujours. Celui-ci se trouve également au palais de Ksar Saïd, à l’instar des trônes de la salle de justice, de Bit El-Bacha et de Bit El-Bellar. Si la plupart des œuvres qui nous sont parvenues peuvent être conservées à Ksar Saïd, dans la perspective d’être exposées dans un musée consacré à la dynastie husseinite, la réalisation de copies fidèles, destinées à la salle du trône  une fois restaurée, est parmi les options qui méritent d’être envisagées.

palais_du_bardo_4Une photographie, datée vers 1900, illustre la salle du trône d’Ahmed Bey (1837-1855). Celle-ci, dotée de dimensions impressionnantes, présentait une décoration purement occidentale. Sur ses murs, étaient jadis accrochés de nombreux tableaux représentant aussi bien les monarques husseinites que les souverains d’Europe. De nos jours, cette salle est défigurée, car ses décors furent totalement modifiés.

Des joyaux largement méconnus du patrimoine national

Si la majorité des pays ayant connu le règne d’une ou de plusieurs dynasties, et qui de surcroit sont pourvus d’un patrimoine palatial, offrent à leurs citoyens, ainsi qu’aux visiteurs étrangers, l’opportunité de découvrir les lieux où s’exerçaient le pouvoir monarchique, tel n’est hélas pas le cas de la Tunisie…Tandis que dans les pays d’Europe (la Grande Bretagne, la Suède, l’Espagne, l’Italie, etc.), mais aussi dans plusieurs pays d’Asie (l’Inde, la Chine , le Cambodge, etc.), les salles du trône sont ouvertes au grand public, notre pays persiste à laisser ces superbes espaces totalement inaccessibles aux citoyens tunisiens et aux visiteurs étrangers. Jusqu’à présent, les salles solennelles du palais du Bardo, admirables témoignages du faste et de l’apparat de la monarchie husseinite, continuent d’abriter des bureaux et des salles de réunion de l’institution parlementaire. Or, cela est peu compatible avec leur importance historique et  patrimoniale. D’une part, des pans précieux du patrimoine national demeurent invisibles, et par conséquent ignorés par l’écrasante majorité des Tunisiens, d’autre part ils ne sont guère exploités sur le plan du tourisme culturel, et il est regrettable que les touristes étrangers ignorent totalement cette facette du patrimoine tunisien. Si l’on peut comprendre l’attachement que peut manifester l’institution parlementaire à l’égard de salles historiques au grand prestige, celles-ci peuvent prétendre à un aménagement muséographique, qui dote l’Assemblée des représentants du peuple d’un musée spécifique, et qui, de surcroit, permet aux visiteurs d’accéder à des lieux symboliques, lesquels illustrent avec éclat le cérémonial de la cour beylicale.

Lieux de pouvoir et espaces à l’ornementation somptueuse et raffinée, les salles d’apparat de l’aile cérémonielle du palais du Bardo constituent, incontestablement, des exemples remarquables de l’architecture palatiale tunisienne aux XVIIIe et XIXe siècles. Un aménagement muséographique de ces salles, permettrait aussi bien la découverte de ces joyaux patrimoniaux, qu’il ouvrirait la voie à la possibilité de restaurer à l’identique des pièces dénaturées, à l’instar de la salle du trône d’Ahmed Bey.

Mohamed Khaled Hizem

Publié aussi dans La Presse magazine le 31/07/2016.


Une réflexion au sujet de « Les salles emblématiques du pouvoir beylical au palais du Bardo… »

  • 20 août 2016 à 11 h 46 min
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    Superbe article dont on ne se lasse pas de relire !

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