Le café social Ayyem Zamen à Paris, Une association pas comme les autres !

Le café social Ayyem Zamen à Paris

Une association pas comme les autres !

Article de Wided Othmani

M Moncef  Labidi , sociologue franco-tunisien ,concepteur puis directeur de l’association Ayyem Zamen   depuis sa création , Moncef Labidi œuvre depuis des années à améliorer l’accueil et l’accompagnement des vieux migrants . Il assure la gestion financière et managériale des deux cafésle Café Social Belleville  au vingtième arrondissement depuis 2003 et  le Café Social de Dejean depuis 2008 aux dix huitième arrondissements à Paris .

moncef-ayem-zamen-3M Moncef Abidi sociologue franco-tunisien , directeur du café social Ayyem Zamen

On l’a rencontré au café sociale Ayyem Zamen  à Belle ville .

Pour faire connaitre l’association Ayyem Zamen à la diaspora tunisienne pourriez-vous nous parler de sa naissance, ses objectifs initiaux

Avant de lancer ce concept, j’ai du mobiliser tant d’énergie pour triompher de nombreux obstacles, des suspicions, voire des hostilités. Mais c’est aussi cela, l’entreprise sociale : y croire jusqu’au bout, ne rien lâcher et avancer, avancer … le 17 janvier 2003,  date de l’ouverture du café social. Les vieux migrants que je suis allé chercher le long du boulevard de Belle ville à Paris, sur les placettes ou à la sortie du métro couronnes, découvraient  avec incrédulité un lieu qui leur été dédié. Très beau. Trop beau se hasardaient à dire quelques un, comme s’ils ne le méritaient pas.

Lieu unique à Paris et probablement en France, le café social offre un cadre beau pour accueil ces retraites qui vieillissent à l’abri du regard, dans la discrétion, l’invisibilité. Cause à défendre, car ils sont vulnérables parmi les vulnérables. Alternative à l’errance, le café social offre une écoute, pas celle du thérapeute, mais celle du  « cafetier », un répit et une aide aux anciens qui «  se laisse aller à rester »encore en terre d’immigration. Réussite modeste. Je la partage avec les personnes qui m’ont apporté leur soutien et surtout avec les salariés de AyyemZamen , dévoués à la cause , qui ont tant donné et continuent de donner encore aujourd’hui. Actuellement on a le café social de Belle ville et celui de Dejean . Que de chemins parcourus depuis. Il restera tant de chantiers à ouvrir  pour faire vivre ces vieux  migrants en dignité. Trouver des solutions à la dénutrition, à l’habitat indigne, à l’isolement, à la crainte de décéder seul et d’être trouver à l’odeur …..

Sur quelles valeurs  se base l’activité du café social  Ayyem Zamen

Nos valeurs se résument en ces quelques mots : Laïcité, mixité, solidarité, citoyenneté, fraternité, respect de la dignité.

On a voulu faire du café social un espace de sociabilité laïque et ouvert sur l’intégration. Notre objectif est d’accueillir les vieux migrants, hommes et femmes, sans distinction de religion, de race, d’origine, de nationalité. Nous avons pour tous le respect de la liberté de conscience. Ce qui nous tient le plus à cœur c’est d’établir une relation de respect et de confiance durable.

Les vieux migrants vivent dans la précarité et sont isolés. Au sein du  Café Social, personne ne doit se sentir rejeté à cause de son statut social, son handicap, sa langue, la couleur de sa peau, sa religion. C’est un lieu de tolérance et d’intégration par excellence.

Quelles  sont vos activités ? A quelles attentes répondent-elles ?

Le salon de thé est aménagé comme  un appartement. Le mobilier, les canapés,les tapis, les coussins colorés, tout cela rappelle l’atmosphère de la maison. Le salon de thé est un lieu convivial qui veut mettre son visiteur à l’aise. C’est un lieu de rencontre, d’échange pour se faire des amis et ne pas rester seul.

Du café, du thé a la menthe, du jus de fruit  sont proposés à des tarifs très doux. La première rencontre autour d’un café ou un thé permet  d’apprivoiser  les  vieux migrants. Ouvert du lundi au vendredi, le Café Social accueille entre 130 et 180 personne quotidiennement.

La matinée est consacrée à la permanence sociale, pour répondre à la demande des personnes qui poussent la porte du Café Social. L’après-midi, ce sont des moment de convivialité autour du jeu, mais également des animations  et des sorties.

C’est donc un équilibre entre le traitement du social et la sociabilité.

Notre équipe sociale accueille les vieux migrants pour les démarches administratives souvent complexes, comme la retraite. Mais pour un public analphabète, toutes les démarches administratives, sociales ou juridiques demeurent complexes et anxiogènes.

La difficulté de langues s’ajoute à cette complexité, car bon nombre de vieux migrants n’arrivent pas à se faire comprendre, et du coup attendent  une aide pour la lecture du courrier, les formulaires à remplir, les dossiers à constituer. L’association remplit cette mission et contribue à soulager leur angoisse.

L’accueil  en matinée est sans rendez vous. Il est assuré par un binôme fait d’un travailleur social et d’un accueillant animateur.Il garantit à chacun d’être reçu.

En première ligne, un accueillant social est là pour écouter la demande et faire une première évaluation de la situation du vieux immigrant qui peut ensuite avoir l’information dont il a besoin ou être orienté vers un le travailleur social pour une évaluation plus approfondi. Il n’est pas rare que les personnes reçues soient ensuite orientées vers des partenaires plus « techniques » quand la situation ne relève pas de nos compétences.

L’assistante socialeest responsable de la permanence sociale et accès aux droits. Elle est référent pour le suivi des personnes dont la situation sociale nécessite un accompagnement. Elle est en charge d’une file active constituée d’environ 300 dossiers ouverts. Elle exerce une vigilance et instaure une veille sociale sur les situations de personnes les plus en difficulté (personnes hospitalisées, sans domicile, fragiles psychiquement…).Enfin, elle anime des sessions d’information collective et sensibilisation sur le thème de l’accès aux droits

Parfois, l’assistante sociale est amenée à effectuer des visites à domicile, surtout en cas d’hospitalisation urgente d’une personne isolée ou de   décès. Sa présence est un réconfort à la famille et un soutien pour l’aider à organiser les démarches administratives.

En 2015 sur les deux cafés sociaux, 4173 personnes ont été reçues dans le cadre de 342 permanences sociales et 648 suivies et accompagnées individuellement pour la retraite.

Là intervient Chloé L. assistante sociale au Café Social de Belleville  depuis 2011, elle dit :

« J’officie en qualité d’assistante sociale au Café Social depuis 5 années, lieu atypique, du bruit, du monde, de la demande du café ! Des permanences remplies à ras-bord et des besoins. Besoins de comprendre un papier, une décision administrative.. », faire sa retraite. La majorité des demandes partent de là. Mais au-delà  « des choses » administratives et sociales, on danse, on rit, on partage des repas avec les adhérents … ».

C’est ce que confirme  A.K , une adhérente tunisienne âgée de 73 ans qui dit :

« Un jour j’avais besoin de faire mon dossier  de retraite, on m’a donné l’adresse du Café Social… J’ai pris mon adhésion en 2003 et maintenant c’est ma deuxième famille, on est ensemble, moi toute seule ça ne vas pas, j’aime avec le Café Social, c’est mieux comme ça »

Quelles sont les activités de loisirs du café ?

M Moncef Labidi: « Le Café Social a développé aussi des activités de loisirs, même si notre public a comme priorité de résoudre ses problèmes administratifs, de santé et de préserver ses droits acquis.

Nos équipes consacrent  beaucoup d’efforts  et de temps pour mettre en place des activités de loisirs qui sont des moments de détente psychologique et physique pour les vieux migrants. Pour les femmes, notamment, on organise des sorties au Hammam, lieu de sociabilité par excellence, un atelier d’esthétique qui permet de réhabiliter  les femmes dans leur féminité à tout âge,des ateliers de doigts de fées (tricot , patchwork …).

Trois journées sont consacrées aux femmes âgées migrantes, chaque année au mois de mars : des tables-rondes thématiques, des repas de fêtes, de la musique, de la danse…

journees-femmes-ayem_zamen-1célébration de la journée des femmes le 8 mars au café social 

On propose aussi des ateliers mixtes, ce sont les ateliers diététiques en forme de sortie au marché. On leur apprend à choisir les légumes de saisons qui seront ensuite cuisines selon un mode de cuisson et en suivant des recettes diététiques. L’important est de ne pas les bousculer dans leurs habitudes ou de les culpabiliser. Le repas réunit tout le monde, c’est la convivialité et le plaisir de partager.

Pour maintenir l’activité mentale et physique des vieux migrants et la préserver, nous avons développé des jeux de mémoire, organisé des sorties culturelles (musées, expositions…).

Chaque année, le Café Social organise au mois d’octobre des vacances-répit. Ainsi, des vieux migrants  qui n’ont jamais connu devéritables vacances profitent pleinement de cette opportunité pour découvrir de contrées lointaines et prestigieuses. Cette année notre destination sera l’Andalousie

Tout ce travail se fait aussi en partenariat avec des associations locales et des structures du quartier et des institutions nationales

Dans le cadre d’un financement du Fonds Européen d’Intégration (FEI), la Bibliothèque Nationale de France (BNF) a fait appel au Café Social et aux ateliers d’écriture Elizabeth Bing pour mener le projet   « Mémoires de chibanis »  pour lequel les deux cafés sociaux de Belleville et Dejean ont réunit des groupes de vieux migrants pour écrire un recueil de mémoire.

Un atelier d’écriture s’est mis en place pour leur permettre de narrer leur parcours migratoire, de réveiller les souvenirs encore endormis dans leur mémoire pour laisser une trace de leur parcours, preuve qu’ils ont bel et bien existé.

Des paroles qui se sont répétées lors de cet atelier «  La France a changé, mais le pays aussi ». Par ces paroles pudiques, ils expriment à leur manière qu’ils n’ont pas tout a fait leur place en France et qu’ils l’ont probablement perdue au pays, prix à payer pour leur longue absence continue.

pr-moncef-atelier-bingbnf-ayem-zamen-2Atelier d’écriture

Quelles sont vos nouvelles activités au Café Social ?

Le renouvellement des activités  se concrétise par les nouveaux projets tel que les « Domiciles partagés », un projet ambitieux et une solution  à l’habitat indigne, une alternative au foyer pour travailleurs migrants, aux chambres de bonne sous les toits, aux logements insalubres où les vieux migrants sont une clientèle captive.

Nous avons crée le concept du domicile partagé pour proposer une solution de logement durable. Les vieux migrants n’ont pas de caution à avancer. L’assurance habitation, ainsi que la téléphonie, la télévision et l’internet sont pris en charge par l’association. Les locataires n’engagent aucune dépense pour l’équipement de l’appartement

On a voulu créer des petites unités de vie qui répondent au besoin d’une vie digne. Ensuite, il y a tout un travail d’accompagnement  pour le colocataire dans les appartements. Ces derniers ne sont pas livrés a eux-mêmes. Ils sont accompagnés par toute une équipe de travailleurs sociaux.

logement-partage-ayem-zamen logement partagé : un projet ambitieux du café social  Ayyem Zamen

Hadj Y. M un tunisien originaire de Djerba âgé de 62 est colocataire des Domiciles Partagés et témoigne :

« Je suis né à Djerba au bord de la mer. Je suis arrivée en France en 1979 ….J’ai accepté d’entrer en colocation dans un appartement partagé, car c’était cher et dur dans la chambre de bonne. J’ai rencontré mes colocataires, je suis bien maintenant, le logement est bien, j’ai une petite télé dans ma chambre, ma femme et mes cinq enfants sont  tous restés en Tunisie, je vais les voir tous les ans, sinon je deviens fou !  Mais j’ai beaucoup de choses ici en fait. Je suis fatigué et malade alors je dois rester là. Après, on verra…. »

Pourquoi des immigrés âgés choisissent ils de vivre en terre d’immigration ?

A priori parce qu’ils sont mieux pris en charge au niveau des soins médicaux ici , c’est le premier prétexte qu’ ils ’avancent , mais cela cache une autre réalité :  lorsqu’ils rentrent au pays, ils ne retrouvent plus leur place au sein de leur famille qui s’est habituée a leur absence ; ils se sont aussi habitué a la vie en France où ils ont des attaches, des liens sociaux,des amis, des droits…

En France, les vieux migrants préfèrent  vivre en groupe, c’est une forme de solidarité, d’entraide pour chacun, pour sortir de l’isolement.

Quels sont vos projets futurs ?

M Moncef Labidi: « On a le projet d’ouvrir Accueil de jour dédié aux personnes qui sont extrêmement  âgées qui sont encore en famille ou isolées. L’Accueil de jour prend en chargel’organisation de la vie quotidienne, comme la prise des repas, les médicaments, les soins médicaux et paramédicaux, les loisirs, les animations. Ce dispositif est essentiel pour soulager la famille et les aidants »

Est ce que vous recevez une quelconque aide d’organismes tunisiens ?

Non aucune aide. Nos financements, exclusivement, viennent de France (ministères, fondations, organismes de protection sociale…).


2 réflexions au sujet de « Le café social Ayyem Zamen à Paris, Une association pas comme les autres ! »

  • 14 décembre 2016 à 10 h 25 min
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    Bravo M Moncef Labidi pour cette belle initiative et bravo Wided Othmani pour ta plume et pour l’effort de nous rapprocher les uns des autres.

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