La mosquée Saheb Ettabâa, la plus somptueuse mosquée de Tunis…

Par  Mohamed Khaled Hizem

Située en plein cœur du quartier Halfaouine, au nord de la médina, la mosquée Saheb Ettabâa, la dernière mosquée du vendredi construite à Tunis avant l’avènement du protectorat français, est l’exemple le plus marquant de l’architecture religieuse sous la dynastie des Husseinites (1705-1957). Formant  un fastueux complexe, construit par l’un des plus puissants ministres de l’histoire tunisienne, le monument se caractérise autant par des matériaux de grande qualité, que par une ornementation foisonnante, trahissant diverses influences.

L’œuvre  architecturale d’un mamelouk arrivé au sommet de la richesse et de la puissance

Un destin hors du commun fut celui de Youssef Saheb Ettabâa. Né en Moldavie en 1765, il fut capturé, à l’âge de dix ans, par les Turcs. Réduit à l’état d’esclave (mamelouk), il fut amené à Istanbul, où il fut vendu à un négociant en café qui le garda quelques années. Par la suite, il fut racheté, ainsi que d’autres esclaves, par Baccar Jallouli, le caïd (gouverneur) de Sfax. Resté un certain temps dans cette ville, pour apprendre la langue et les coutumes tunisiennes, il fut offert par ce dernier, en 1781, à l’héritier de Ali Bey II (1759-1782), le futur Hammouda Pacha (1782-1814).  Celui-ci, monté sur le trône l’année suivante, ne tarda pas à remarquer ce mamelouk aux grandes aptitudes, dont il fit son garde des sceaux. Dans les années 1780 et 1790, l’influence de Youssef Saheb Ettabâa, sur les plans politique et économique, ne cessa de croître, car le Bey, dont il devint très proche, lui témoigna, en toute circonstance, une confiance absolue. Ayant mené avec succès plusieurs missions diplomatiques auprès de la « Sublime Porte » (le gouvernement du sultan ottoman), il exerça, par ailleurs, un contrôle de plus en plus affirmé sur les finances, le commerce et l’artisanat de la Régence. Après le décès, en 1800, de Moustapha Khodja, qui était, depuis 1782, le principal ministre et conseiller de Hammouda Pacha, il assuma de facto, sans en porter le titre, la charge de grand vizir du monarque. Le pouvoir du garde des sceaux atteignit une telle ampleur, qu’il fut considéré aussi bien par les sujets du Bey que par les consuls étrangers, comme l’homme le plus puissant du pays après le souverain.

Si Youssef Saheb Ettabâa se hissa aux plus hautes responsabilités politiques, il réussit, également, à amasser une fortune colossale, dépassant même celle de son maître. Celle-ci était due, en grande partie, à la possession d’une importante flotte marchande, ainsi que d’une flotte pratiquant la course en mer, ce qui lui assura des revenus considérables. Ces derniers lui permirent d’élever des constructions tant dans la capitale, que dans d’autres régions de la Tunisie. Cependant, son œuvre architecturale la plus remarquable demeure assurément sa superbe mosquée à Halfaouine. Celle-ci, ultime sanctuaire de rite hanafite, forme un immense complexe, le plus beau et le plus majestueux de la période husseinite. Les travaux, débutés le 20 février 1808, furent menés sous la direction de l’architecte Haj Sassi Ben Frija. L’édifice, qui n’était pas encore totalement achevé, fut inauguré le 4 mars 1814. Après la mort de Hammouda Pacha, survenue le 15 septembre 1814,  Youssef Saheb Ettabâa conserva son influence et son pouvoir durant le bref règne de son successeur, le monarque effacé Othman Bey  (15 septembre – 20 décembre 1814). Il n’en est pas de même sous le règne de Mahmoud Bey (1814-1824), qui fit assassiner son prédécesseur pour accéder au trône. Extrêmement riche et puissant, le ministre fut haï et jalousé par la plupart des hauts dignitaires de la cour beylicale. Seulement un mois après l’avènement de ce souverain, un complot ourdi par l’un de ses plus proches conseillers, Mohamed Larbi Zarrouk Khaznadar (décédé en 1822),  entraina, le 23 janvier 1815, l’exécution du garde des sceaux, dont la dépouille fut mutilée et trainée dans les rues de Tunis…Malgré cette fin tragique, la mémoire de Youssef Saheb Ettabâa reste vivace grâce à sa sublime mosquée, qui représente un précieux témoignage de l’âge d’or de la Régence sous les Husseinites.

saheb_ettabaa_1Gros plan sur l’une des portes d’entrée de la mosquée Saheb Ettabâa. Pourvue de deux heurtoirs dorés, elle possède deux vantaux cloutés. Elle s’inscrit dans un beau cadre à arc outrepassé brisé. (crédit photo : Emna Mizouni)

Une façade et une cour d’une élégance remarquable

Se  dressant en face de la place Halfaouine, la façade principale du monumental complexe de la mosquée Saheb Ettabâa surprend autant par sa majesté, que par son élégance. Par son ampleur et son ordonnancement, elle est incontestablement parmi les plus belles et les plus harmonieuses façades des mosquées de Tunis, et même de l’ensemble du pays. Composée de deux niveaux, la façade est appareillée en calcaire clair et en grès coquillier. Au premier niveau, de part et d’autre du portail, permettant d’accéder au sanctuaire, se répartissent onze portes de boutiques, pourvues d’arcs outrepassés brisés : sept à gauche du portail et quatre à sa droite. Le deuxième niveau se distingue par une galerie à deux colonnades. Chacune de ces dernières est rythmée de cinq arcs en plein cintre outrepassé, qui sont encadrés de moulures. Les cinq arcades extérieures, dotées de colonnes coiffées de chapiteaux à volutes, sont garnies, dans leurs parties inférieures, de balustrades en fer forgé servant de garde-corps. À droite de cette galerie, s’élève le gracieux minaret octogonal, qui est, à juste titre, le plus bel ornement de cette façade singulière. S’inspirant du minaret de la mosquée Hammouda Pacha, datant du début de la seconde moitié du XVIIe siècle, la tour élancée, dont l’appareillage en grès coquillier est souligné de chaînages d’angle, de moulures et d’arcatures en calcaire clair, repose sur une base carrée de 4,6 mètres de côté. Le fût octogonal, de 21 mètres de haut, dont les parois ont environ un mètre d’épaisseur, est surmonté par un exquis balcon à auvent, couronné d’un lanternon décoré de merlons en dents-de scie ; ce dernier est coiffé d’un toit pyramidal pointu. Bien que le minaret semble parfaitement homogène, ses éléments supérieurs, le balcon à auvent et le lanternon, ne remontent pas à la construction du complexe, car à la mort de Youssef Saheb Ettabâa la tour resta incomplète. Ce n’est que dans les années 1970, lors de grands travaux de restauration, que le minaret fut totalement achevé.

saheb_ettabaa_2Vue partielle de la façade principale de la mosquée Saheb Ettabâa, élevée entre 1808 et 1814. Outre un remarquable appareillage en grès coquillier et en calcaire clair, cette façade, aussi harmonieuse que majestueuse, présente une belle galerie à cinq arcades, ainsi qu’un gracieux minaret octogonal. (crédit photo : Mounir Rais)

Trois portes d’entrée extérieures, orientale (celle de la façade principale), occidentale et septentrionale, mènent à des escaliers en marbre blanc qui conduisent à la cour surélevée, à ciel ouvert, épousant une forme en « U ». Cette cour, soigneusement décorée, se caractérise par un luxe inhabituel pour un tel espace. Des marbres à profusion, principalement le marbre blanc importé d’Italie, composent le dallage, les colonnes des galeries, ainsi qu’une grande partie des revêtements muraux. Les colonnes, ayant soit des fûts lisses dans les galeries latérales, soit des fûts cannelés dans la galerie narthex, précédant la salle de prière, possèdent, pour la plupart, des chapiteaux néo-composites délicatement sculptés de volutes, de feuilles d’acanthe, de coquilles et de croissants. Ces colonnes supportent des arcs qui sont, majoritairement, de type plein cintre légèrement outrepassé. Les arcs aveugles des parois murales sont tapissés, au niveau de leurs tympans, de céramiques à motifs floraux, dont l’orange est la couleur dominante. Dans la galerie orientale de la cour, se trouve un décor précieux. Il s’agit d’un mihrab extérieur flanqué de deux colonnes, dont le marbre clair de leurs bases et chapiteaux contraste avec le marbre noir bleuté de leurs fûts. Cette niche, à contour polyédrique, ouverte par un arc outrepassé à claveaux bichromes, est gracieusement revêtue de marbres, de céramiques à motifs géométriques, en particulier des rosaces et des entrelacs, ainsi que de plâtre finement ciselé. Les faïences, à dominantes bleue, jaune et noire, traduisent une influence hispano-mauresque, tandis que les chapiteaux des colonnes et certains motifs du parement en plâtre sculpté sont d’inspiration ottomane. La spacieuse cour en « U » constitue un écrin au joyau du monument : la salle de prière.

saheb_ettabaa_3Gros plan sur une niche,  formant un mihrab extérieur. Celui-ci est flanqué de deux colonnes, dont le marbre clair de leurs bases et chapiteaux contraste avec le marbre noir bleuté de leurs fûts. Cette niche, à contour polyédrique, présente un arc outrepassé brisé à claveaux bichromes. Elle est revêtue de marbres, de céramiques à motifs géométriques et de plâtre finement ciselé. (crédit photo : Zaher Kammoun)

Une splendide salle de prière richement décorée

saheb_ettabaa_4Vue intérieure de la salle de prière. De forme rectangulaire, la salle hypostyle, pourvue de nombreuses colonnes cannelées en marbre blanc de Carrare, se distingue autant par son unité, que par son admirable richesse décorative. Celle-ci associe l’abondance des marbres à la polychromie particulière des céramiques et à la finesse des revêtements en plâtre sculpté. (crédit photo : Samia Chagour)

À l’instar de la plupart des salles de prière des mosquées tunisiennes, celle de la mosquée Saheb Ettabâa adopte le plan hypostyle hérité de l’illustre prototype architectural que représente la Grande Mosquée de Kairouan. De plan rectangulaire, mesurant 31,2  mètres de longueur sur 25,7 mètres de largeur, elle se distingue par un faste décoratif que l’on rencontre rarement tant en Tunisie, que dans le reste du Maghreb. Dans cet admirable espace, la richesse des matériaux s’associe à un syncrétisme ornemental typique de la période husseinite, notamment du règne de Hammouda Pacha. Ainsi, les influences hispano-mauresques, ottomanes et italianisantes s’associent harmonieusement pour engendrer un cadre magnifique, à l’agencement homogène. Extérieurement, la salle de prière, dont  les murs sont partiellement lambrissés de marbre blanc souligné de marbre noir, est percée de cinq portes et de nombreuses fenêtres ; leurs encadrements moulurés, en marbre blanc bordé de marbre noir, sont surmontés de frontons chantournés d’inspiration baroque. Ces derniers, couronnés de croissants, sont garnis de vases, de rinceaux et de coquilles.

saheb_ettabaa_5Vue montrant, à droite, une partie de la voûte, couverte de plâtre finement ciselé d’inspiration hispano-mauresque, de la nef centrale de la salle de prière ; tandis qu’à gauche, apparaît la coupole surmontant le mihrab. Cette dernière est ornée, dans sa partie inférieure, d’un placage de marbres sculpté de vases et de motifs floraux à forte influence italianisante. (crédit photo : Samia Chagour)

Intérieurement, la salle, divisée en neuf nefs, perpendiculaires au mur de la qibla, et sept travées, ravit le regard par son unité et l’éclat de ses décors. Il n’y a guère le moindre espace qui ne soit revêtu de pâtre sculpté, de céramiques ou de marbres. Ces derniers, incluant des marbres de diverses couleurs et provenances, sont omniprésents dans l’ornementation. Si les murs, jusqu’à une hauteur de quatre mètres, sont lambrissés de marbre blanc veiné incrusté de bandes de marbre noir, la cinquantaine de colonnes cannelées, soutenant les arcs et les voûtes, sont en marbre blanc de Carrare ; leurs fûts et leurs chapiteaux néo-composites sont semblables à ceux de la galerie narthex. Une particularité, suffisamment rare, réside dans le fait que tous les arcs et leurs écoinçons, au lieu d’être en pierre de taille, sont également en marbre blanc. Les arcs muraux, reposant sur des pilastres à chapiteaux néo-doriques, présentent des tympans garnis de céramiques à dominante orange, offrant un contraste saisissant avec le placage de marbres. Au fond de la salle de prière, le mihrab et le minbar se distinguent par une somptuosité remarquable. Le premier, en forme de niche semi-circulaire, flanquée de deux colonnettes graciles en marbre noir, se caractérise par une décoration admirable, composée d’incrustations en marbres précieux polychromes (rouge veiné, verdâtre, pourpre, etc.), d’ornements torsadés, ainsi que d’arcatures ogivales et de motifs floraux rehaussés de dorures. Quant au minbar, maçonné à l’instar de toutes les chaires des mosquées hanafites, il est revêtu de marbre blanc, dans lequel sont enchâssés des plaques de marbres de couleur ; un escalier de treize marches mène à la tribune surmontée d’une petite coupole soutenue de quatre colonnettes en marbre noir. Aussi bien la décoration du mihrab que celle du minbar trahissent des influences baroques, issues de la Péninsule italienne. Le couvrement de la salle de prière est constitué de voûtes et de six coupoles. La plus importante de ces dernières, celle surmontant le mihrab, est une coupole sur pendentifs, dotée d’un tambour octogonal. Agrémentée de marbres divers, mêlant essentiellement les marbres blanc et noir, elle est sculptée, dans sa partie inférieure, de vases et de motifs floraux d’inspiration italianisante. Les cinq autres coupoles, ainsi que les voûtes, sont couvertes de sublimes dentelles en plâtre sculpté aux motifs extrêmement variés, comportant tant des motifs hispano-mauresques, à l’instar des rosaces et des entrelacs géométriques, que des motifs ottomans et husseinites comme les étoiles complexes (à huit et à seize pointes), les cyprès, les vases à partir desquels émanent des enroulements symétriques de rinceaux, etc.

saheb_ettabaa_6Gros plan sur le mihrab. Il s’agit d’une niche semi-circulaire, ouverte par un arc outrepassé brisé. Sa décoration somptueuse comprend des incrustations de marbres polychromes et des ornements dorés. (crédit photo : Zaher Kammoun)

Un complexe architectural incluant deux mausolées et deux médersas

Outre le superbe lieu de culte, le complexe de la mosquée Saheb Ettabâa comporte d’autres composantes, consistant dans deux mausolées, dont celui du fondateur, et deux médersas. La porte d’entrée du lieu de sépulture de Youssef Saheb Ettabâa donne sur le côté nord de la cour en « U », face à la galerie narthex qui précède la salle de prière. Le mausolée est élevé suivant un plan carré de 7,15 mètres de côté. L’ornementation raffinée de cette salle, surmontée d’une grande coupole sur pendentifs, inclut un revêtement en marbre blanc veiné, incrusté de bandes en marbres de couleur, qui couvre les murs jusqu’à la naissance des arcs. Ceux-ci, dont le tympan est tapissé de céramiques à dominante verte, sont soutenus par douze colonnes groupées par trois aux angles de la pièce. La coupole, entièrement décorée de plâtre finement ciselé, possède un tambour percé de seize fenêtres garnies de claustras en plâtre ajouré. Cette nécropole abrite dix tombeaux disposés en deux rangées.

Mise à part la sépulture du puissant ministre, les neuf autres sarcophages appartiennent à des hauts dignitaires du régime beylical, ainsi qu’à un santon local, Othman Ibn Karam, qui fut inhumé dans le mausolée dès 1810, soit quatre ans avant l’inauguration de la mosquée. Le second mausolée, situé à l’extrémité nord du complexe, est celui d’un autre santon, Sidi Moustapha El-Jaziri.  C’est le portail septentrional qui permet d’accéder à cette nécropole plus petite et moins ornée que le mausolée de Youssef Saheb Ettabâa. Coiffée d’une coupole sur trompes d’angles, la salle renferme cinq tombeaux. Outre le sarcophage de Sidi Moustapha El-Jaziri, une sépulture retient l’attention : c’est celle du grand historien tunisien, ayant vécu au XIXe siècle, Ahmed Ibn Abi Dhiaf, inhumé dans ce lieu en 1874.  La richesse extraordinaire du commanditaire du monument lui permit de doter sa fondation de deux médersas, situées dans la partie septentrionale du vaste complexe de la mosquée, à proximité de son mausolée. La première, comprenant une trentaine de chambres destinées aux étudiants aussi bien de rite hanafite que malikite, est pourvue de deux vestibules abondamment décorés de céramiques et de plâtre sculpté, ainsi que d’un patio de forme presque carrée. La parure de celui-ci consiste dans un revêtement mural, composé de céramiques à motifs géométriques et de panneaux en plâtre sculpté, ainsi que dans de fines colonnes en marbre blanc, pourvues de chapiteaux néo-doriques sculptés de rinceaux. Quant à la deuxième médersa, réservée jadis à la formation des « Muaddebs » (enseignants des écoles coraniques), elle comporte aussi une trentaine de chambres, s’organisant autour de deux patios. Il est pertinent de souligner, qu’à côté de cet important ensemble architectural, Youssef Saheb Ettabâa fit construire d’autres fondations. Celles-ci englobent un « Fandouk »,  composé d’entrepôts et de petites chambres destinées aux commerçants, un hammam, une fontaine publique et un souk. L’édification d’une « Tékia » (asile pour les pauvres) était également envisagée, mais le décès brutal du ministre empêcha sa réalisation.

saheb_ettabaa_7Arcs en plein cintre et colonnes coiffées de chapiteaux à volutes de l’un des vestibules des deux médersas (collèges religieux), faisant partie du complexe de la mosquée. (crédit photo : Noomen Daoud)

Un monument exceptionnel, situé à l’écart des circuits touristiques

Bien que la mosquée Saheb Ettabâa illustre un ensemble architectural à la magnificence indéniable, symbolisant avec éclat autant la prospérité du pays durant les premières décennies du XIXe siècle, que l’originalité du style husseinite marqué par le syncrétisme décoratif, le monument se trouve, hélas, éloigné des sentiers touristiques. Ainsi, très peu de visiteurs étrangers ont eu l’occasion de s’y rendre. De surcroit, combien même ces derniers seraient animés par le désir de le découvrir, ils ne pourront guère le faire, car le lieu de culte et ses annexes leur sont totalement inaccessibles, ce qui ne favorise nullement le tourisme culturel dans ce quartier populaire de la capitale…Ce problème d’inaccessibilité ne concerne pas uniquement la mosquée Saheb Ettabâa, mais l’ensemble des mosquées de Tunis, qu’elles soient historiques ou modernes. Pourtant, une ouverture partielle du sanctuaire peut être envisagée, consistant à permettre aux touristes de découvrir, au moins, la cour en « U », le minaret, ainsi que le mausolée du fondateur. Il faudrait, en outre, relever que les abords du majestueux lieu de culte ne sont pas dignes de celui-ci : l’empiètement sur l’espace public ne peut, en aucun cas, mettre en valeur un édifice de cette envergure ! Par ailleurs, il est plus que souhaitable qu’un meilleur aménagement, ainsi que des embellissements, soient apportés à la place qui s’étend devant ce joyau du patrimoine national.

saheb_ettabaa_8Vue partielle de la façade de la salle de prière, depuis le portique qui la précède. En grande partie revêtue de marbre blanc, souligné de marbre noir, cette façade se distingue par des influences décoratives italianisantes, visibles en particulier dans les frontons baroques qui surmontent les portes et les fenêtres. De tels ornements, illustrant l’éclectisme du style husseinite, méritent d’être admirés aussi bien par les Tunisiens, que par les visiteurs étrangers. (crédit photo : Zaher Kammoun)

Si avec un peu plus de deux siècles d’histoire, la mosquée Saheb Ettabâa, apparaît comme un lieu de culte à l’ancienneté relative, elle n’en demeure pas moins un prestigieux monument et un fleuron du patrimoine religieux de l’époque husseinite. Alliant majesté et élégance, elle est, indiscutablement, la mosquée tunisoise la plus richement décorée. Faciliter l’accès des touristes étrangers à cet admirable complexe architectural et embellir davantage ses abords participeront grandement à son intégration dans le tourisme culturel.

Mohamed Khaled Hizem

Publié aussi dans La Presse magazine le 14/08/2016.


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