Khaled Melliti primé par le prestigieux Institut de France pour l’Histoire 2016

Le Prix de la Fondation Stéphane Bern pour l’Histoire 2016 récompense Khaled Melliti pour son ouvrage “Carthage, Histoire d’une métropole méditerranéenne” (Éd. Perrin, avril 2016) et ce lors d’une cérémonie en présence du Secrétaire perpétuel de l’Académie française, d’académiciens de renom et de l’impératrice Farah, avec pour maître de cérémonie, Stéphane Bern.

khaled_melliti_carthage

Docteur en histoire ancienne et chercheur associé au laboratoire de recherche Mondes sémitiques, Khaled Melliti s’intéresse depuis plus de 10 ans aux relations trans- et inter-méditerranéennes de Carthage et plus précisément à ses rapports avec les mondes grecs, étonnamment modernes. Recommandé par de nombreuses prépas aux concours de l’ENS, son ouvrage est le fruit de trois ans de recherche.

A propos du livre (résumé) :

L’époque hellénistique est pour Carthage une période de grands défis : les menaces grecques et macédoniennes (IVe-1er quart du IIIe s.) contraignent Carthage à se préparer en conséquence. Les dirigeants de la métropole punique comprennent en effet que pour continuer à jouer un rôle prépondérant face à ses adversaires de l’époque, il fallait être en mesure de fournir des moyens d’action comparables. Une fois les tensions apaisées avec les divers mondes grecs, c’est l’expérience hellénistique que sollicite Carthage pour concrétiser sa politique de réformes.

Les derniers siècles de Carthage punique sont du reste marqués par une ouverture culturelle sans commune mesure pour la cité, partagée notamment entre une adhésion enthousiaste aux modes et aux arts grecs et des adaptations originales conformes à la pensée locale. De fait, dès la fin du IVe s. av. JC, la cité africaine accélère sa politique de profondes réformes structurelles et adapte son fonctionnement aux nouvelles structures régissant les rapports dans la mer intérieure : l’adoption du système monétaire et la restructuration du système militaire et économique et du cadre urbain participent de ce mouvement. L’hellénisme, tel qu’envisagé à Carthage par les dirigeants politiques, est apparu néanmoins comme la recherche d’un équilibre entre les impératifs de la politique de prestige développée par les membres de l’oligarchie et ceux de la politique extérieure tournée vers le monde grec, et l’absolue nécessité d’écarter toute prétention politique par le renforcement des structures permettant l’exhibition et la continuité des valeurs traditionnelles.

Le danger toujours plus menaçant représenté par Rome avait en effet développé une volonté de refonte des institutions politiques en même temps qu’est recherchée une alliance politique et militaire avec la sphère grecque. Et c’est aux Barcides qu’échoit la tentative de satisfaire cette double nécessité : en diffusant, dans un premier temps, une image toute hellénistique des différentes manifestations de leur pouvoir dans l’optique d’une évolution institutionnelle de la politique intérieure carthaginoise ; puis en tentant, dans un deuxième temps, de convertir l’aide logistique grecque en une véritable alliance politique et militaire lors de la seconde guerre punique. De cette rencontre au sommet entre deux mondes – punique et latin – que presque tout oppose, mais que relie l’expérience grecque, va émerger une perspective nouvelle que la Carthage barcide n’aura pas l’occasion de faire aboutir mais que Rome accomplira avec la destinée que l’on sait, avant même la destruction finale de son implacable ennemi. On aura aperçu, cependant, comment l’intégration dynamique des apports culturels grecs aux structures puniques a pu contribuer aux évolutions en cours dans la koinè artistique, militaire et politique hellénistique.

 


Laisser un commentaire