Khaled Melliti – “Carthage. Histoire d’une métropole méditerranéenne” aux éditions Perrin

Historien, Khaled Melliti, auteur d’une thèse remarquée sur la place de l’hellénisme dans l’évolution politique de Carthage, est l’un des plus fins connaisseurs de la cité punique en France. Son livre “Carthage. Histoire d’une métropole méditerranéenne” qui vient de sortir aux éditions Perrin, se penche sur la place de l’hellénisme dans l’évolution politique et culturelle de la Carthage punique et  donne à comprendre la vitalité et le rôle dynamique, en Méditerranée occidentale, d’une métropole unique et fascinante.

Khaled Melliti qui vit actuellement entre Paris et la Marsa et qui garde un attachement fort à la Tunisie, interviendra dans une émission évoquant Carthage punique sur la chaîne Histoire au mois de juin 2016.

Resumé :

L’époque hellénistique est pour Carthage une période de grands défis : les menaces grecques et macédoniennes (IVe-1er quart du IIIe s.) contraignent Carthage à se préparer en conséquence. Les dirigeants de la métropole punique comprennent en effet que pour continuer à jouer un rôle prépondérant face à ses adversaires de l’époque, il fallait être en mesure de fournir des moyens d’action comparables. Une fois les tensions apaisées avec les divers mondes grecs, c’est l’expérience hellénistique que sollicite Carthage pour concrétiser sa politique de réformes.

Les derniers siècles de Carthage punique sont du reste marqués par une ouverture culturelle sans commune mesure pour la cité, partagée notamment entre une adhésion enthousiaste aux modes et aux arts grecs et des adaptations originales conformes à la pensée locale. De fait, dès la fin du IVe s. av. JC, la cité africaine accélère sa politique de profondes réformes structurelles et adapte son fonctionnement aux nouvelles structures régissant les rapports dans la mer intérieure : l’adoption du système monétaire et la restructuration du système militaire et économique et du cadre urbain participent de ce mouvement. L’hellénisme, tel qu’envisagé à Carthage par les dirigeants politiques, est apparu néanmoins comme la recherche d’un équilibre entre les impératifs de la politique de prestige développée par les membres de l’oligarchie et ceux de la politique extérieure tournée vers le monde grec, et l’absolue nécessité d’écarter toute prétention politique par le renforcement des structures permettant l’exhibition et la continuité des valeurs traditionnelles.

Le danger toujours plus menaçant représenté par Rome avait en effet développé une volonté de refonte des institutions politiques en même temps qu’est recherchée une alliance politique et militaire avec la sphère grecque. Et c’est aux Barcides qu’échoit la tentative de satisfaire cette double nécessité : en diffusant, dans un premier temps, une image toute hellénistique des différentes manifestations de leur pouvoir dans l’optique d’une évolution institutionnelle de la politique intérieure carthaginoise ; puis en tentant, dans un deuxième temps, de convertir l’aide logistique grecque en une véritable alliance politique et militaire lors de la seconde guerre punique. De cette rencontre au sommet entre deux mondes – punique et latin – que presque tout oppose, mais que relie l’expérience grecque, va émerger une perspective nouvelle que la Carthage barcide n’aura pas l’occasion de faire aboutir mais que Rome accomplira avec la destinée que l’on sait, avant même la destruction finale de son implacable ennemi. On aura aperçu, cependant, comment l’intégration dynamique des apports culturels grecs aux structures puniques a pu contribuer aux évolutions en cours dans la koinè artistique, militaire et politique hellénistique.


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