Pourquoi des jeunes tunisiens aspirent à vivre ailleurs ou sont déjà partis

Source : huffpostmaghreb

Pourquoi des jeunes tunisiens aspirent à vivre ailleurs ou sont déjà partis? Manque de perspectives? Libertés bafouées? Une mentalité dominante étouffante? Des raisons politiques? Tous ces éléments reviennent pour expliquer ce choix.

Des barques en mer dans l’espoir d’une vie meilleure… C’est le quotidien de familles de milieux défavorisés qui voient régulièrement leurs enfants tenter la traversée de la méditerranée au péril de leur vie. Mais pour d’autres, économiquement plus favorisés ou ayant la possibilité d’emprunter des canaux dits légaux, les raisons sont multiples et cette envie d’ailleurs est souvent présentée comme un échappatoire.

Persécutions

Ahmed Ben Amor et Anis sont tous deux homosexuels. À 19 ans, Ahmed n’aspire qu’à une chose: Partir pour toujours. Rejeté par sa famille, il a reçu des menaces qui l’ont poussé à quitter les bancs de la faculté dans laquelle il étudiait, en cause: ses orientations sexuelles.

“Je vais tenter de quitter le pays pour au moins pouvoir vivre en sécurité, et surtout pour étudier. J’ai payé le prix trop cher en Tunisie”, explique Ahmed.

Jeune diplômé en Langue et Littérature espagnole et passionné par la littérature, la peinture et l’équitation, Anis aussi ne rêve que de partir d’un pays qui “l’étouffe”.

“On vit dans une société, dans une structure socio-culturelle qui fait de son mieux pour tuer toute créativité, pour détruire tout talent, pour vampiriser toute énergie positive et nous transformer en automate vide mais correspondant à l’image que la société veut se donner d’elle même”, déplore-t-il.

Partir pour Anis est une question de survie: “Je veux développer mes talents et concentrer mon énergie sur l’évolution, sur l’apprentissage et non pas sur la défense et la survie!”

“Ici tu ne risques pas de te faire jeter en prison à cause d’un joint”

Yacine, 26 ans a choisi de faire ses études de master en Suisse où il compte s’installer. Yacine pointe du doigt “l’état de démoralisation générale” dont il ne voudrait “pas être affecté”, ainsi que “les mentalités qui stagnent”.

“Ici tu ne risques pas de te faire jeter en prison à cause d’un joint (de cannabis). Tu es libre de disposer de ton corps comme bon te semble. Tu travailles très dur la semaine et tu t’éclates à fond le week-end. La vie est beaucoup plus intense ici qu’en Tunisie. Il y a une grosse différence de rythme”, explique Yacine.

Le jeune homme vante également la qualité de vie dans son pays d’accueil. “Ici, les salaires sont élevés ce qui permet de faire plein d’activités qu’on ne peut pas se permettre en Tunisie. Et tu en as toujours pour ton argent, même quand tu es fauché. L’alcool est abordable et de meilleure qualité, les parcs sont bien entretenus et il y a souvent des concerts gratuits. Les autres capitales européennes Berlin, Rome sont à 100 euros l’aller-retour en avion ou en covoiturage, un tarif qui n’existe pas en Tunisie ou qui t’emmène au maximum dans le sud du pays.”

Manque de perspectives

Mayssa, 25 ans est diplômée en Littérature et civilisation française. Elle partira l’année prochaine à l’étranger, “pour toujours”, dit-elle.

La principale raison de son départ: L’absence de débouchés concernant sa carrière professionnelle. “Ici un étudiant en littérature ne peut être que professeur. Il est perçu comme quelqu’un qui a raté sa vie”, déplore-t-elle.

À cette image “sclérosée” s’ajoute l’absence de perspectives: Tu galères pour trouver un encadreur pour faire ton troisième cycle, encore plus pour trouver un travail après”.

Pour Maryem Khamessi, journaliste, le choix s’est porté sur la Jordanie. D’ailleurs elle n’est “pas la seule à partir”, assure-t-elle. “Avant tout s’expliquait par la censure, maintenant c’est l’anarchie qui prédomine dans le domaine du journalisme”, déplore Maryem.

“La culture du buzz tue le secteur et a tué toute espérance de me voir revenir travailler dans ce secteur en Tunisie. Pour le moment du moins”, ajoute-t-elle.

Comme Maryem, Hédi, 33 ans, radiologue, est parti de Tunisie pour s’installer en France: “Etre médecin signifie perdre son énergie dans un secteur public épuisé et épuisant entre manque de moyens et nonchalance de part et d’autre. Pour pouvoir ouvrir un cabinet dans le privé, il faut mettre le paquet, se montrer patient… des années avant de pouvoir respirer. Pourquoi s’infliger ça quand on a la possibilité de meilleures conditions à tous les niveaux ailleurs?”, lance le jeune médecin.

Mais pour autant, tout n’est pas toujours rose et, malgré une situation financière qui pourrait être plus avantageuse, ceux qui sont partis évoquent tous le mal du pays: sa mer, sa nourriture, la chaleur humaine… “La vie d’insouciance et d’oisiveté”, conclut Yacine.

Source : huffpostmaghreb


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